Bonjour madame,
je reviens vers vous au sujet de votre article (relatif à la grève du 17
mars 2008 chez Business Objects, http://www.lemondeinformatique.fr/actualites/commentaires-nouvelle-grogne-des-salaries-de-business-objects-france-25626.html#commentaires)
qui dérange à plusieurs titres.
Vous écrivez : "Un second mouvement de grève vient d'être
organisé par les fédérations syndicales de la filiale française de BO pour
protester contre le non versement de leur prime d'intéressement et contre la
prime de 1 200 €, proposée par la direction en guise de compensation."
Or :
- Nous vous avons bien précisé que ce mouvement est unitaire à
l'initiative de toutes les instances de représentants du personnel. Les
sections syndicales (et non pas les fédérations) ont été accompagnées dans
le mouvement par la liste d'élus non syndiqués.
- Nous ne sommes pas une "filiale française" de Business Objects
dans la mesure où la société mère, Business Objects SA est française et
nous emploie directement. En revanche nous sommes bien désormais une filliale
de SAP.
- Nous ne protestons pas exactement contre le non versement de la prime
d'intéressement. Le versement est en effet conditionné à un indicateur
déclencheur (taux de marge nette) négocié avec le CE, non atteint au titre de
2007, et nous ne sommes pas en mesure de contester ce point de manière
éclairée tant que l'expert comptable nommé par le CE n'aura pas mené à
terme sa mission d'examen des comptes 2007 et du prévisionnel 2008.
- Nous ne protestons pas non plus contre le versement de la prime de 1 200
euros. Cette prime sera versée fin mars et nous n'avons jamais envisagé de
nous y opposer. Je pense que vous l'avez compris mais la formulation est
importante. Ce que nous dénonçons, à la demande de nombreux salariés, c'est
la très nette insuffisance du montant au regard des efforts consentis par les
salariés, au regard des très bons résultats de l'entreprise, et au regard des
rémunérations "goinfronomiques" encaissées par les cadres
dirigeants de Business Objects en 2007 et au début de 2008. Le fond du
problème ne réside pas dans l'exigence aveugle d'une prime plus conséquente,
mais dans la demande forte d'une meilleure reconnaissance par la direction du
surinvestissement des salariés qui a été couronné de bénéfices, et la
demande d'une répartition des richesses plus juste.
Vous écrivez que la mobilisation "a répondu aux attentes de
l'ensemble des syndicats (CFDT, CFE-CGC, CGT, FO)"
Or :
- La grève répond d'abord à l'attente de nombreux salariés qui
souhaitaient marquer sans équivoque et de manière visible leur profond
mécontentement.
- La section CGT n'avait aucun objectif chiffré en terme de mobilisation.
Cette dernière nous semble satisfaisante compte tenu des éléments qui avaient
pu faire obstacle à la mobilisation. Mais on ne peut pas dire qu'elle réponde
à des attentes particulières autres que celle de permettre aux salariés de
s'exprimer.
- En l'absence de représentants de la CFE-CGC (et de FO je crois) lors de
notre discussion, il me semble abusif d'affirmer que la mobilisation a répondu
à leurs attentes. Mais peut-être les avez-vous joints par ailleurs?
Vous écrivez que "cette prime est bien maigre au regard de
l'intéressement perçu pour 2005 et 2006 - soit entre 5 000 et 6 000 €-"
Or :
- La prime d'intéressement "moyenne" en 2005 et 2006 se situe
certainement aux alentours de 5 000 et 6 000 euros. Mais plusieurs personnes ont
touché moins et beaucoup ont touché encore plus. En effet cette prime est
calculée pour moitié proportionnellement au salaire et pour moitié en
fonction du temps de présence.
Vous écrivez "qu'un cadre chez BO gagne entre 50 000 et 60 000 €
annuels en moyenne"
Or :
- Cette façon de formuler et de présenter les chiffres induit le lecteur en
erreur et a blessé plusieurs salariés de Business Objects.
- La moyenne se situe peut-être autour de 60 000 euros bruts annuels mais
elle est tirée vers le haut par quelques très hauts salaires. Ainsi la
médiane est plus faible que la moyenne. Mais surtout une part importante des
salariés de Business Objects touche une rémunération annuelle inférieure aux
points de repères que vous avez cités. La dispersion des salaires étant
relativement importante à l'échelle de l'entreprise, l'évocation d'une
moyenne ne me semble pas pertinente pour rendre compte de la situation, et de
plus elle est de nature à créer une opposition entre les employés bien ou
moins bien lotis.
Plus largement, vous concluez votre article sur la
"perplexité" engendrée par les raisons qui ont motivé la grève
chez Business Objects.
Pourtant, nous vous avons longuement expliqué pourquoi ce mouvement
social ne peut pas être réduit et présenté comme un "problème de
riches". Le vrai problème de riches est le problème des cadres dirigeants
de l'entreprise, qui s'évertuent à entretenir un équilibre fragile, qui
consiste à obtenir toujours plus de rentabilité tout en offrant aux employés
un niveau de reconnaisance minimal et si possible suffisant pour les retenir
dans la société.
Quoi qu'il en soit, je ne comprends pas le parti pris implicite de votre
conclusion contre les salariés grévistes, au lieu de mettre l'accent sur le
rôle et les responsabilités de la direction dans l'effritement progressif et
immérité de la rémunération globale des salariés.
Pourriez-vous avoir l'obligeance, a minima, de rectifier les inexactitudes
dans votre article?
Cordialement,
David Babut - Délégué Syndical CGT Business Objects